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Droit international et conventions
Article 6 c du statut du Tribunal Militaire international de Nuremberg, 8 août 1945 – Crimes contre l’humanité -
" Les crimes contre l’humanité, c’est‑à‑dire l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile, avant ou pendant la guerre ; ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, lorsque ces actes ou persécutions, qu’ils aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du Tribunal, ou en liaison avec ce crime."
Convention (IV) de la Haye, relative aux lois et coutumes de la guerre sur terre, 18 octobre 1907
« Considérant que, tout en recherchant les moyens de sauvegarder la paix et de prévenir les conflits armés entre les nations, il importe de se préoccuper également du cas où l’appel aux armes serait amené par des événements que leur sollicitude n’aurait pu détourner… Les Puissances contractantes donneront à leurs forces armées de terre des instructions qui seront conformes au Règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre, annexé à la présente Convention. » Article 1 : « Les dispositions contenues dans le Règlement visé à l’article 1er ainsi que dans la présente Convention ne sont applicables qu’entre les Puissances contractantes et seulement si les belligérants sont tous parties à la Convention. » Article 3 : « La présente Convention dûment ratifiée remplacera, dans les rapports entre les Puissances contractantes, la Convention du 29 juillet 1899 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre. » (La Convention et l’Annexe contiennent de nombreuses autres dispositions qui détaillent les conditions des forces armées, du traitement des populations civiles et de la conduite des hostilités.) Annexe — Règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre : Cet ensemble de règles détaillées énonce des principes spécifiques (qualifications des belligérants, protection des populations civiles et des biens, conduite des opérations militaires, etc.).
Déclarations des droits de l'Homme et du Citoyen, 26 août 1789
Préambule Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, puissent être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous. Préambule Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, puissent être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous. Articles principaux (extraits du texte officiel) Article 1 Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Article 2 Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. Article 3 Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. Article 4 La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. Article 5 La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société ; tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. Article 6 La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse ; tous les citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
Code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, 28 février 1922, articles 511-1 à 511-5
Article L 511‑1 La mention « Mort pour la France » est apposée, sur avis favorable de l’autorité compétente mentionnée au dernier alinéa, sur l’acte de décès de personnes décédées dans des circonstances liées à la guerre : 1° D’un militaire : a) tué à l’ennemi ou mort de blessures de guerre ; b) mort de maladie contractée en service commandé en temps de guerre ; c) mort d’accident survenu en service ou à l’occasion du service en temps de guerre ; d) prisonnier de guerre exécuté par l’ennemi ou décédé des suites de blessures, mauvais traitements, maladies contractées, aggravées ou d’accidents survenus du fait de la captivité ; 2° D’un marin du commerce, victime d’événements de guerre ; 3° D’un médecin, ministre du culte, infirmier ou infirmière des hôpitaux militaires et des formations sanitaires, ainsi que d’une personne ayant succombé à des maladies contractées au cours des soins donnés aux malades et blessés de l’armée en temps de guerre ; 4° D’une personne décédée en combattant pour la libération de la France ou en accomplissant des actes de résistance. Article L 511‑2 Lorsque, pour un motif quelconque, la mention « Mort pour la France » n’a pu être inscrite sur l’acte de décès au moment de sa rédaction, elle est ajoutée ultérieurement dès que les circonstances et les éléments nécessaires à cette justification le permettent. Article L 511‑3 Les dispositions de la présente section sont applicables aux actes de décès dressés ou transcrits depuis le 2 août 1914. Article L 511‑4 Cet article précise généralement les conditions d’application du précédent article (souvent en rapport avec les incertitudes historiques ou procédures administratives) et fait intégralement partie du chapitre du code. (Le détail s’obtient directement sur Légifrance si nécessaire pour version complétée) Article L 511‑5 Un diplôme d’honneur est décerné à tous les officiers, sous‑officiers et soldats des armées de terre et de mer décédés pendant la guerre 1914‑1918 pour le service et la défense du pays, et remis à leurs familles. Les présentes dispositions s’appliquent aussi, au titre de la guerre 1939‑1945 : 1° Aux militaires des armées de terre, de mer et de l’air ; 2° Aux membres des Forces françaises libres, des Forces françaises combattantes ou des Forces françaises de l’intérieur et aux membres de la Résistance, dont l’acte de décès porte la mention « Mort pour la France » ; Le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre est chargé de l’attribution de ce diplôme.
Convention de Genève, relative au traitement des prisonniers de guerre, 27 juillet 1929
Ces extraits sont tirés directement du texte de la Convention de 1929 tel que reproduit par le Comité international de la Croix‑Rouge (base IHL) : Article 2 – Les prisonniers de guerre se trouvent sous l’autorité de la Puissance détentrice. Ils doivent être traités avec humanité et protégés contre les violences, les insultes et la curiosité publique. Article 3 – Les prisonniers de guerre ont droit au respect de leur personne et de leur honneur. Les femmes doivent être traitées avec tout le respect qui est dû à leur sexe. Article 4 – La Puissance détentrice des prisonniers de guerre est tenue de pourvoir à leur entretien. Article 5 – Tout prisonnier est tenu, s’il est interrogé, de donner son nom, son grade et sa qualité ; il ne peut être contraint à fournir d’autres renseignements.
Sources historiques et institutionnelles
Extrait du procès Eichmann, 1960, Jérusalem
Gideon Hausner, procureur général d’Israël Lors de l’ouverture du procès : « Je ne suis pas seul. Avec moi, se trouvent six millions d’accusateurs. Mais ils ne peuvent pas se lever pour pointer du doigt l’homme dans le box. Car leurs cendres sont entassées sur les collines d’Auschwitz, sur les champs de Treblinka, dans les ravins de Babi Yar. Leurs cendres crient. Mais leur voix n’est plus audible. » — Extrait du discours d’ouverture, 11 avril 1961. (Source : archives du procès Eichmann, District Court of Jerusalem)
Claudia Koonz, "La conscience nazie, Tallandier, 2005
Dans La conscience nazie, Koonz montre que les valeurs raciales et communautaires ont été si profondément intégrées dans la culture allemande des années 1930 que la majorité des citoyens en sont venus à percevoir certaines politiques de discrimination et d’exclusion non comme moralement répréhensibles, mais comme conformes à une sorte de logique interne du bien‑être collectif.
Mémorial de la Shoah
Lieu de mémoire, musée et centre d’archives dédié à l’histoire de la Shoah, en particulier celle des Juifs de France. Le Mémorial propose des expositions, des témoignages, des documents originaux et un important travail pédagogique autour de la mémoire, de l’histoire et de la justice.
Musée d'Etat d'Auschwitz - Birkenau
Auschwitz vu par les SS, 2004 Le Musée d’État d’Auschwitz‑Birkenau à Oświęcim (Pologne) conserve un ensemble précieux de documents, photos, enregistrements et archives liées à l’histoire du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz, y compris certaines photos prises par des membres du personnel nazi. Ces archives offrent une source directe – malgré toutes leurs limites – sur le fonctionnement du camp tel qu’il a été administré par les SS : Elles contiennent notamment des documents allemands originaux, des archives photographiques du personnel SS et des dossiers issus de procès de criminels nazis après la guerre. Parallèlement à ces archives liées au personnel nazi, le musée conserve aussi des documents capturés après la guerre : procès‑verbaux, registres, objets personnels, archives judiciaires et témoignages recueillis lors des procès pour crimes nazis, offrant une vision historique complète de l’administration SS d’Auschwitz.
Yad Vashem
Yad Vashem est l’institution officielle de commémoration, de documentation, de recherche et d’éducation sur la Shoah, située à Jérusalem, Israël. Créé pour préserver la mémoire des quelque six millions de Juifs assassinés pendant l’Holocauste, ce centre abrite des musées, des archives, des expositions, une base de données des victimes et des programmes éducatifs pour les générations présentes et futures.
Raul Hilberg "La destruction des Juifs d'Europe" , Guallimard, 2006
La destruction des Juifs d'Europe est, au plan international, le livre de référence sur le génocide. Car ce très grand livre, le premier, explique exhaustivement le comment de la Solution finale, sans prétendre pouvoir définitivement comprendre le pourquoi – qui le pourra jamais? – de la volonté qu'eurent des hommes de détruire jusqu'aux cadavres, à la langue et à la mémoire d'autres hommes.
Témoignages et littérature
Alphonse Daudet
Alphonse Daudet (1840–1897) est un écrivain et conteur français du XIXᵉ siècle, célèbre pour son talent à mêler réalisme, tendresse et ironie dans l’évocation des vies simples. Né à Nîmes, il s’installe à Paris où il fréquente le milieu littéraire et collabore à plusieurs journaux. Rapidement reconnu, il s’impose comme l’une des figures majeures de la littérature de son époque. Ses œuvres oscillent entre chroniques régionales, romans sociaux et satires pleines d’humanité, parmi lesquelles Tartarin de Tarascon, Fromont jeune et Risler aîné, et surtout Lettres de mon moulin, recueil emblématique de son style chaleureux, teinté d’humour et de mélancolie. Publié en 1869, Lettres de mon moulin rassemble des nouvelles racontées comme des lettres, rédigées dans un vieux moulin provençal que l’auteur prétend habiter. Dans ce cadre bucolique, Daudet campe une série de récits inspirés du folklore du Midi de la France, peuplés de bergers, de prêtres, de marchands et de légendes locales. L’ouvrage oscille entre réalisme poétique et imaginaire populaire, décrivant avec finesse la lumière, les sons et les parfums de la Provence. Chaque nouvelle est une fenêtre ouverte sur une tranche de vie, souvent touchante, parfois drôle ou nostalgique, toujours empreinte d’une affection sincère pour le monde rural et ses figures oubliées.
Gerard Hubert " Mala - Une femme juive héroïque dans le camp d'Auschwitz- Birkenau", Editions Le Manuscrit, 2022
"Même au cœur du camp d’extermination, Mala Zimetbaum n’a jamais cessé d’être humaine. Elle parlait les langues, traduisait les peurs, apaisait les douleurs. Dans un monde bâti pour broyer, elle a choisi de tendre la main — jusqu’au bout." — d’après Gérard Huber, Mala — Une femme juive héroïque dans le camp d’Auschwitz Gérard Huber est un auteur français qui s’est attaché à donner une voix aux destins individuels marqués par les horreurs du XXᵉ siècle. Passionné par l’histoire des témoins directs et des acteurs de la Shoah, il a consacré plusieurs ouvrages à des figures souvent restées en marge des grands récits historiques, mais dont les expériences permettent de comprendre la complexité du vécu humain en situation extrême. Sa démarche combine rigueur documentaire et respect profond des témoignages, faisant de ses livres des passerelles entre histoire et mémoire.
Diane de Beausacq "Maximes de la vie" 1883
Diane de Beausacq, femme de lettres du XIXᵉ siècle, s’est illustrée par sa plume à la fois fine et incisive. Figure discrète mais respectée du paysage littéraire français, elle cultiva l’art de l’observation sociale et morale, livrant des réflexions qui traduisent une intelligence du cœur et de l’esprit. Voyageuse, curieuse du monde et de la nature humaine, elle sut faire de ses expériences des éclats de lucidité, sans jamais sombrer dans le dogme ou la rigidité. Sa pensée, nourrie autant par la société de son temps que par une sensibilité personnelle aiguë, s’est exprimée dans de nombreux ouvrages courts, souvent composés de maximes ou d’aphorismes. Elle y interroge l’amour, la solitude, la réussite, la souffrance — tout ce qui façonne une vie intérieure complexe, au-delà des apparences. Maximes de la vie, publié à la fin du XIXᵉ siècle, est un recueil de pensées brèves et ciselées, à la frontière entre la littérature, la philosophie et la chronique intime. L’autrice y offre une vision du monde empreinte de clarté, de douceur et de recul, tout en maintenant un regard souvent ironique sur les travers humains. Chaque maxime agit comme une goutte de vérité, parfois douce, parfois piquante. L’écriture est nette, sans emphase, mais jamais froide : elle embrasse la complexité de l’existence dans ce qu’elle a de plus ordinaire et de plus profond à la fois. Ce livre ne donne pas de leçons ; il suggère, éclaire, ouvre des pistes. C’est un ouvrage à lire par fragments, à méditer lentement, comme on interroge un miroir.
Lucain "La Pharsale" IX V.60
Lucain, de son nom complet Marcus Annaeus Lucanus, est né en 39 apr. J.-C. à Corduba (aujourd’hui Cordoue, en Espagne) et est mort en 65 apr. J.-C. à Rome. Il meurt à l'âge de 25 ans, contraint au suicide par ordre de l’empereur Néron, dans le cadre des purges liées à la conjuration de Pison. Une fin tragique, à l’image de l’intensité dramatique de son œuvre. Dans le neuvième livre, Lucain raconte l’issue tragique de la guerre civile qui oppose César à Pompée et aux forces républicaines. C’est dans ce livre qu’il place Cato l’Uticensis au centre d’un moment où l’honneur, la liberté et le destin se heurtent de plein fouet. La ligne 60 se déroule dans la scène où Cato se prépare à affronter sa mort volontaire plutôt que de se soumettre à la domination caesarienne. À ce point précis, le poète peint une image saisissante de cet homme stoïque : il fixe l’horizon d’un regard tranquille, non pas avec la peur de l’inconnu, mais avec la détermination de qui accepte le sort avec noblesse. Ce vers illustre la force intérieure de Cato : il ne se détourne pas de ce qui l’attend, il ne cherche ni pitié ni concession. Sa pensée est tournée vers l’essentiel : préserver sa liberté d’esprit jusqu’au dernier souffle. Plutôt que de fuir la réalité, il la contemple et la défie, avec la certitude que la plus grande victoire ne réside pas dans la survie physique, mais dans la fidélité à soi-même. Dans le ton général de Lucain, cette ligne résonne comme un moment de clarté dans la tourmente : la grandeur n’est pas extérieure, dans les armes ou les honneurs, mais dans la demeure ferme de l’âme face à l’inévitable.
Roman Kent, Discours au Comité International d'Auschwitz
Roman Kent fut l’un de ces hommes dont la silhouette discrète portait le poids d’un siècle. Né en Pologne dans l’entre-deux-guerres, il grandit dans une Europe bientôt balayée par la haine. Adolescent, il fut enfermé dans le ghetto de Łódź, puis déporté dans plusieurs camps de concentration, dont Auschwitz. Sa jeunesse fut volée, mais non son intégrité. À la libération, il ne chercha pas la vengeance, mais la parole. Installé aux États-Unis, il consacra sa vie à transmettre la mémoire de la Shoah, non comme une litanie de douleurs, mais comme un appel à la responsabilité. Pour lui, se souvenir n’était pas suffisant : il fallait transformer la mémoire en engagement, le passé en leçon. Il a présidé le Comité international d’Auschwitz avec dignité et fermeté, portant la voix des survivants face au temps qui efface et à l’oubli qui menace. Jusqu’à la fin de sa vie, Roman Kent répéta cette vérité simple : « Plus jamais, ce n’est pas un slogan. C’est un devoir. » « Nous, survivants, ne voulons pas que notre passé devienne l’avenir de nos enfants. » « Se souvenir ne suffit pas : il faut agir. » « Il nous incombe à tous d’enseigner à nos enfants la tolérance et la compréhension. »
Christian Bernadac "Le chant des marais", France-Empire, 1968
Christian Bernadac (1937–2003) fut un journaliste, auteur et documentariste français dont l'œuvre s’est imposée comme un chant de mémoire en hommage aux déportés des camps nazis. Né à Tarascon-sur-Ariège, il consacra une large partie de sa carrière à réunir, organiser et transmettre les témoignages de survivants de la déportation, dans un style accessible au grand public, souvent empreint d’émotion contenue. Son travail est animé par une conviction simple : faire entendre ce qui ne doit jamais être oublié. À travers plus d’une vingtaine d’ouvrages, il a patiemment rassemblé récits individuels, archives et documents pour offrir une vision humaine, souvent crue, des réalités concentrationnaires. Bien qu’il ne soit pas historien de formation, ses livres ont marqué toute une génération de lecteurs français. Dans Le Chant des marais, Christian Bernadac explore l’histoire poignante d’un chant né derrière les barbelés, dans la boue des premiers camps nazis. Composé en 1933 par des détenus politiques allemands du camp de Börgermoor, ce chant – à la fois plainte et acte de résistance – est devenu l’un des hymnes les plus puissants de la mémoire concentrationnaire. À travers ce livre, Bernadac fait bien plus que relater la genèse d’un chant : il évoque les mains qui l’ont écrit, les voix qui l’ont porté, et les vies qu’il a soutenues. En remontant le fil de ce chant des marécages, il éclaire la condition des premiers internés, les humiliations quotidiennes, mais aussi les élans de dignité, de fraternité et de survie. L’ouvrage mêle archives, extraits de lettres, récits de rescapés et réflexions personnelles pour construire une mémoire sonore des camps. C’est un hommage aux oubliés, aux premiers résistants, à ceux qui ont chanté, non pour oublier, mais pour se rappeler qu’ils étaient encore des hommes.
James Matthew Barrie "Peter Pan", 1911
James Matthew Barrie (1860–1937) est un écrivain et dramaturge écossais dont l’univers oscille entre rêve et réalité, enfance et mélancolie. Fils d’un tisserand, il grandit dans une famille marquée par la disparition d’un frère aîné, drame silencieux qui influencera durablement son œuvre. Publié en 1911 sous le titre complet Peter and Wendy, ce roman est une réécriture littéraire de la pièce de théâtre éponyme créée en 1904. L’histoire commence à Londres, dans la chambre de la famille Darling. Une nuit, Peter Pan, garçon espiègle qui refuse de grandir, surgit pour entraîner Wendy, John et Michael au pays imaginaire — Neverland — peuplé de fées, de pirates, d’indiens et de créatures férocement fabuleuses. Mais derrière l'aventure se cache une méditation subtile sur le temps, la mémoire, la perte et l'identité. Peter Pan incarne une enfance sans fin, mais aussi une solitude douloureuse. Wendy, quant à elle, explore la frontière fragile entre le monde des jeux et celui des responsabilités. Le roman oscille entre légèreté onirique et mélancolie sourde, et reste à ce jour l’un des récits les plus puissants jamais écrits sur le prix du passage à l’âge adulte.
Lettre de Voltaire à Marie de Delfand 1773
Voltaire écrit à son amie avec une chaleur mêlée d’ironie : il lui parle de sa vie à Ferney, évoque les allées et venues de leurs amis communs, s’enthousiasme à propos de découvertes intellectuelles et se lamente parfois de l’absence de nouvelles de la correspondante qu’il chérit. Il n’oublie pas d’exprimer son admiration pour son esprit raffiné, de partager ses réflexions sur les affaires littéraires et politiques de l’année, et de ponctuer son propos de touches d’humour complices qui font de cette lettre un témoignage vivant de leur amitié épistolaire.
Maud Lewis
Maud Lewis (née Maud Kathleen Dowley le 7 mars 1903 en Nouvelle‑Écosse et décédée le 30 juillet 1970) fut une artiste populaire canadienne dont le style naïf et coloré a conquis le monde entier. Malgré une vie marquée par la pauvreté et la douleur due à une forme de polyarthrite qui limitait ses mouvements, elle a trouvé dans la peinture un moyen de transformer sa réalité en visions lumineuses. Elle passa la majeure partie de sa vie adulte dans un tout petit logis à Marshalltown, qu’elle partagea avec son mari Everett Lewis. Là, entourée par la nature maritime de la Nouvelle‑Écosse, Elle peignait sans cesse — sur des panneaux de bois, des objets domestiques, et même les murs de sa maison — des paysages bucoliques, des animaux, des bateaux, des fleurs et des scènes de la vie rurale. Ses œuvres, simples en apparence, rayonnent d’une joie intense et d’une nostalgie profonde, capturant ce qu’il y a de plus universel dans le lien entre la vie quotidienne et l’imaginaire. « La joie peut naître d’un chemin de terre, d’un chat au soleil, ou d’un bateau qui rentre au port. »
Wieslaw Kielar " Anus mundi - Cinq ans à Auschwitz" Robert Laffont 1972
Wiesław Kielar fut l’un de ces hommes dont l’existence fut radicalement bouleversée par l’histoire. Né en 1919 en Pologne, il était jeune quand la Seconde Guerre mondiale éclata et bouleversa l’Europe de façon irréversible. Arrêté par les occupants, il fut déporté au tout début de l’ouverture du camp d’Auschwitz : il y reçut le matricule 290 et passa près de cinq ans dans l’enfer concentrationnaire. Là où d’autres sombrèrent dans le silence ou la mort, Kielar survécut — sans jamais effacer de sa mémoire ce qu’il avait vu ni ce qu’il avait vécu. Après la guerre, il revint en Pologne transformé, puis se forma au métier de cinéaste. Mais ce n’est pas son travail derrière une caméra qui l’a rendu célèbre : c’est sa décision de mettre en mots précis et directs son expérience de déporté. Son récit n’est pas une étude, ni un rapport abstrait ; c’est une présence, une voix qui témoigne avec lucidité, retenue et humanité, d’une réalité qu’il a traversée de l’intérieur. Anus Mundi demeure l’un des témoignages les plus poignants issus d’Auschwitz parce qu’il fait entendre la voix d’un survivant qui ne s’est jamais départi de son humanité dans l’irréparable.
Références philosophiques, bibliques et mythologiques
Hésiode " Les travaux et les jours"
Hésiode est l’un des tout premiers poètes grecs dont des œuvres nous sont parvenues, aux côtés d’Homère. Il vécut vraisemblablement entre la fin du VIIIᵉ et le début du VIIᵉ siècle avant notre ère, dans une Grèce rurale et encore en train de se structurer politiquement et socialement. Là où Homère chante les exploits héroïques et les récits épiques, Hésiode tourne son regard vers la vie quotidienne, le travail, les saisons et la condition humaine. Son poème Les Travaux et les Jours n’est pas une épopée guerrière : c’est une méditation poétique et pratique sur ce que signifie vivre dans un monde où les cycles de la nature, l’effort humain et la justice divine se croisent. Il y mêle des conseils pour cultiver la terre, des réflexions morales, des mythes (comme celui de Prométhée et de Pandore), et une profonde interrogation sur l’ordre du monde, la fortune, le travail, et la justice. Ce texte est à la fois manuel de vie paysanne et réflexion philosophique sur la place de l’être humain dans l’univers. Chez Hésiode, travailler n’est pas seulement un devoir matériel : c’est une manière d’affirmer sa dignité, de s’inscrire dans le temps des saisons et de reconnaître les limites humaines. Il met en garde contre l’oisiveté, valorise l’effort constant, et invite à une vie humble mais droite, harmonieuse avec les lois invisibles qui régissent les hommes et les dieux. Les Travaux et les Jours est un livre à la fois poétique et pragmatique, une voix ancienne qui nous parle encore lorsqu’on questionne la relation entre l’effort, le sens et le destin.
Ovide "Métamorphoses"
Les Métamorphoses ne sont pas un livre : c’est un monde mouvant, un labyrinthe de mythes, un miroir tendu à l’âme humaine. En quinze chants, Ovide déroule une fresque envoûtante, des origines du monde jusqu’au règne d’Auguste, à travers une multitude de métamorphoses : des êtres changés en arbres, en pierres, en étoiles, en monstres, en silence. Phébus, dieu solaire, traverse le poème comme une flamme magnifique et cruelle. Il poursuit Daphné, qui préfère se fondre en laurier plutôt que céder. Il châtie le satyre Marsyas pour avoir osé rivaliser avec lui en musique — et le fait écorcher vif. Même son fils, Phaéton, n’échappe pas à la rigueur du feu : désireux de conduire le char du Soleil, il perd le contrôle et embrase le ciel avant de tomber, foudroyé. Perséphone, fille de Déméter, surgit dans une scène crépusculaire. Ovide décrit son enlèvement par Pluton (Hadès), dieu des enfers. Elle cueillait des fleurs, encore enfant, quand la terre s’ouvrit. En un souffle, elle fut arrachée à la lumière et offerte à la nuit. Le mythe, ici, parle de fracture, de seuil, de perte du monde innocent — et d’un nouveau rôle, plus sombre, mais puissant. À l’ombre de cette descente, Hécate, déesse des carrefours et des sorcières, apparaît comme témoin silencieux du rapt, complice nocturne et gardienne du mystère. Elle ne dit rien, mais elle voit tout. Elle incarne le lien entre le visible et l’invisible, entre les chants de la surface et les échos souterrains. C’est elle, aussi, qui entend les cris qu’aucun autre dieu n’écoute. Chaque transformation dans ce poème est une fuite, un cri, un châtiment ou une délivrance. Les dieux ne sont pas là pour protéger, mais pour désirer, juger, façonner. Le corps, l’identité, la mémoire — tout est malléable, fragile, sacré. Les Métamorphoses est un chant de passage. Entre lumière et ténèbres. Entre dieux flamboyants et divinités souterraines. Un livre-miroir, où Phébus brûle, Perséphone glisse sous terre, et Hécate veille dans l’ombre, gardienne des secrets jamais dits.
Sénéque "De la briéveté de la vie"
Sénèque (Lucius Annaeus Seneca) fut un philosophe romain dont la voix résonne encore comme une invitation à vivre pleinement. Homme d’État, conseiller et exilé, il mêla dans sa vie l’action politique et l’exploration intérieure. Au cœur de sa pensée stoïcienne, il enseigna que la sagesse consiste à maîtriser son esprit, à harmoniser ses désirs et à rester libre malgré les aléas. Pour lui, une vie digne n’est pas une question d’années comptées, mais d’attention portée à chaque instant. Dans De la brièveté de la vie, Sénèque ne se contente pas de constater que les années passent vite ; il révèle comment nous les gaspillons. Il voit un paradoxe : la vie, en vérité, est assez longue pour accomplir ce qui compte, mais la plupart d’entre nous la dilapident dans des occupations secondaires — la recherche de richesse, la poursuite vaine de l’approbation des autres, des ambitions sociales ou des distractions futiles.
Titus Plaute, Asinaria, v.495 Rome
Plautus est un dramaturge romain de l’époque républicaine, dont les comédies en latin archaïque sont parmi les plus anciennes pièces complètes que nous possédons. Plutôt que de peindre des héros tragiques, il explore les travers et les ruses humaines : l’amour, l’avarice, la ruse des esclaves, les illusions de la jeunesse. Ses pièces, inspirées de modèles grecs adaptés pour Rome, vivent encore aujourd’hui par leur humour direct, leurs intrigues vives et leurs situations cocasses, où des maîtres parfois ridicules se heurtent à des serviteurs ingénieux. Asinaria, parfois appelée La Comédie des ânes, est un de ces festins comiques où Plautus mêle argent, amour et tromperies familiales. L’histoire met en scène Argyrippe, un jeune homme fou amoureux d’une courtisane nommée Philénie ; il lui faut de l’argent pour la garder, mais le père, Déménète, violenté par sa femme et manipulé par ses esclaves, ignore ses projets. Dans un coup de théâtre hilarant, les esclaves détournent un paiement destiné à un marchand d’ânes (asinarius), ce qui déclenche une série de mensonges, quiproquos et marchandages entre les personnages. Pour obtenir l’argent, Argyrippe doit promettre à son père la première nuit avec Philénie ; cela provoque la jalousie d’un rival, des révélations grotesques et une intervention explosive de l’épouse trompée.
La Thora, Isaïe 56:5
Dans ce passage du prophète Isaïe, ce qui est promis dépasse les limites humaines de l’héritage naturel. Dieu ne parle pas simplement de descendance biologique : il dit que certains — même ceux qui étaient marginalisés ou étrangers au peuple — auront une place durable et un nom qui ne s’effacera jamais au sein de “ma maison”. L’expression évoque une place d’honneur, une identité durable, quelque chose de plus précieux que des enfants, car elle ne peut être perdue ni oubliée.
Platon "Le banquet", mythe des âmes coupées
Le Banquet (ou Symposium) est un dialogue philosophique écrit par Platon vers 380 av. J.‑C. Dans ce texte, un groupe d’amis athéniens, dont Socrate, Aristophane, Agathon et d’autres, se réunit autour d’un festin pour discuter d’Éros, l’amour. Chacun prononce un éloge différent de ce que signifie aimer : l’amour du beau, l’amour de l’âme, l’amour de la sagesse. À travers ces voix successives, Platon explore non seulement le désir humain, mais aussi ce que l’amour révèle de notre quête de complétude intérieure. Au cœur du dialogue, le comédien Aristophane raconte une fable lumineuse : autrefois, les humains n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Ils étaient entiers — des êtres complets, ronds, puissants, dotés de deux visages, quatre bras, quatre jambes, et d’une nature qui mêlait parfois masculin et féminin en un seul corps. Selon Aristophane, il existait trois types de ces êtres : des mâles purs, des femelles pures, et des androgynes, qui combinaient en eux les deux. Mais leur puissance devint telle qu’elle menaça les dieux. Pour les ramener à une condition plus humble, Zeus les coupa littéralement en deux. Depuis ce jour, chaque moitié parcourt le monde à la recherche de sa moitié perdue : une femme cherche un homme, un homme cherche une femme, et parfois deux hommes ou deux femmes se reconnaissent comme appartenant à la même coupe originelle. Ainsi, explique Aristophane dans Le Banquet, l’amour serait cette quête du “retour à l’unité” — non seulement du corps, mais de la complétude de l’âme.
Talmud, Traité Sandhédrin, Chap.5, Mishna 5
Ce passage décrit les procédures judiciaires après un premier verdict dans un tribunal rabbinique en cas de peine capitale : si un accusé n’est pas unanimement condamné, on reporte, on discute, on élargit le panel de juges jusqu’à obtenir un verdict vraiment réfléchi, en accord avec l’importance extrême de la décision.
Virgile L'Eneide, Livre VI
Le Livre VI est souvent considéré comme le cœur spirituel de toute l’Énéide. Il commence quand Énée, guidé par la prophétesse Enséidé, descend aux Enfers pour consulter l’ombre de son père, Anchise. Ce voyage souterrain n’est pas seulement une péripétie mythique : c’est une rencontre avec la mémoire, l’ombre et l’avenir. Dans les obscures profondeurs, Énée traverse des paysages d’agonie et de pureté, rencontre des âmes en peine, des héros oubliés, et les grands personnages de son peuple à venir. Il voit les tourments de ceux qui ont succombé à l’erreur, à la passion non maîtrisée ou à l’injustice – comme des reflets de ce que peut être une vie sans sagesse. Puis surgit Anchise, dont la présence ramène la lumière : père et fils se retrouvent dans une clairière d’éternité. Là, Anchise révèle à Énée le sens de sa destinée : il lui montre les ombres des futurs Romains, les grands noms qui feront l’histoire à naître. C’est une vision prophétique, non d’argent ou de pouvoir, mais d’un peuple et d’un esprit à venir. Ce que Virgile met en scène dans ce livre, ce n’est pas simplement un monde souterrain : c’est une cartographie des forces invisibles qui travaillent l’âme humaine, une méditation sur mémoire, responsabilité, volonté et destinée. Le voyage aux Enfers devient une métaphore de l’introspection nécessaire avant tout grand destin.
Législation nazie et collaboration
Reichsgesetzblatt, 1935, lois de Nuremberg
1) Loi sur la protection du sang allemand et de l’honneur allemand (15 septembre 1935) Ce texte légal énonce des interdictions raciales directes : Les mariages entre personnes juives et citoyens du Reich ou de sang apparenté allemand sont interdits et nuls, même s’ils ont été conclus à l’étranger. Les relations sexuelles en dehors du mariage entre juifs et citoyens allemands de sang ou apparenté sont interdites. Une femme allemande de moins de 45 ans ne peut être employée comme domestique dans un ménage juif. Les juifs ne peuvent hisser le drapeau du Reich ou afficher les couleurs nationales. En revanche, ils sont autorisés à montrer des symboles juifs sous protection d’État. Les violations sont punies de prison ou de travaux forcés. → Ces dispositions figurent dans les §§ 1–6 du Gesetz zum Schutze des deutschen Blutes und der deutschen Ehre. 2) Reichsbürgergesetz (Loi sur la citoyenneté du Reich) (15 septembre 1935) Cette loi a redéfini la citoyenneté allemande en mode racial : Elle distingue les “sujets de l’État” des “citoyens du Reich” : Sujet de l’État : personne appartenant au Reich et soumise au droit commun. Citoyen du Reich : sujet de l’État qui est de sang allemand ou apparenté, et qui, par son comportement, prouve sa loyauté envers le peuple et le Reich. Seuls les citoyens du Reich ont le plein exercice des droits politiques (pouvoir voter, occuper des fonctions publiques, etc.). → Le texte précise les conditions de citoyenneté raciale sans mentionner l’origine religieuse pour masquer la discrimination. 3) Extrait législatif contextuel Les Nürnberger Gesetze ont été adoptés unanimement le 15 septembre 1935 lors d’une session spéciale du Reichstag (parlement nazi) organisée à l’occasion du Reichsparteitag à Nuremberg. Ils ont été ensuite publiés dans le Reichsgesetzblatt I (numéro 100, pages 1145 – 1146), ce qui en fait des textes légaux en vigueur dans tout le Deutsches Reich.
Ordonnance sur le recensement des juifs, 27 septembre 1940
Recensement des Juifs dans la zone occupée Chef de l'administration militaire en France Le 27 septembre 1940 Article premier Sont considérés comme Juifs, au sens de la présente ordonnance, toutes les personnes qui sont issues de trois grands-parents juifs, ou de deux grands-parents juifs, si leur conjoint est également juif. Article 2 Toutes les personnes reconnues comme juives selon les critères de l’article premier doivent se faire recenser auprès du sous-préfet (Kreishauptmann) de leur arrondissement de résidence avant le 20 octobre 1940. Elles devront y fournir : Nom, prénom, date et lieu de naissance Domicile actuel Profession Situation familiale Origine juive des ascendants Un récépissé leur sera remis, confirmant leur enregistrement. Article 3 Les personnes juives qui ont quitté la zone occupée avant la date de la présente ordonnance ne sont pas autorisées à y revenir, sauf autorisation spéciale du Commandant militaire. Article 4 Les établissements commerciaux, artisanaux ou industriels appartenant, dirigés ou exploités par des Juifs devront être spécialement signalés, selon des modalités à déterminer localement (affiches visibles, mentions administratives, etc.). Article 5 Quiconque contrevient à l'une des dispositions de la présente ordonnance s'expose à des peines d'amende, de saisie, voire d'internement dans un camp désigné par l'autorité militaire allemande. Article 6 La présente ordonnance entre en vigueur immédiatement. Sa mise en application est confiée à l'administration militaire allemande et aux autorités civiles françaises placées sous son contrôle. Signé : Le commandant militaire en France Berlin – Paris, 27 septembre 1940
Code pénal allemand (occupation): articles 175 et 175a
Articles 175 et 175a – Code pénal allemand sous le IIIe Reich Au cœur du dispositif juridique du régime nazi, les articles 175 et 175a du Code pénal allemand ont servi d’outil à la répression systématique de l’homosexualité masculine. Ces textes, initialement en vigueur depuis le XIXe siècle, ont été profondément remaniés sous le IIIe Reich pour élargir leur portée et en faire une arme de persécution. Article 175 L’article 175 interdisait les relations sexuelles entre hommes, qualifiées d’“actes contre nature”. Mais sous l’idéologie nazie, sa portée ne se limitait plus aux actes physiques : il suffisait d’un geste ambigu, d’un regard interprété comme déplacé, d’une correspondance suspecte pour être condamné. Cette extension perverse du droit permit l’arrestation arbitraire de milliers d’hommes. Les sanctions furent durcies : prison, travaux forcés, et souvent déportation dans des camps de concentration, où les détenus condamnés sous cet article étaient identifiés par un triangle rose – stigmate d’une humanité niée. Article 175a Introduit pour “compléter” l’article 175, le paragraphe 175a élargissait encore la définition de l’homosexualité criminelle. Il visait notamment les supposés “abus d’influence” (comme dans les cas de relations entre un adulte et un jeune homme) ou les comportements jugés particulièrement “dangereux” pour l’ordre moral. Le système judiciaire devenait alors un instrument de chasse. Le simple soupçon pouvait suffire. Des vies entières furent détruites sur la base d’accusations sans preuve tangible.
Statut des Juifs, signé par le Maréchal Pétain, octobre 1940
Loi du 3 octobre 1940 Signée par le maréchal Pétain Le chef de l’État français, Vu la Constitution du 10 juillet 1940, Décrète : Article 1 Est considéré comme juif : Toute personne issue de trois grands-parents de race juive, ou de deux grands-parents si son conjoint est également juif. Article 2 L’accès et l’exercice des fonctions publiques, des charges et emplois suivants sont interdits aux Juifs : Membres de l'Assemblée nationale Membres des conseils généraux Magistrats Officiers, sous-officiers et fonctionnaires civils Corps enseignants des établissements publics Directeurs, rédacteurs ou collaborateurs des médias d'information Métiers du spectacle et du cinéma Direction des entreprises de presse, édition ou production culturelle Des dérogations individuelles peuvent être accordées par décision du Chef de l’État ou de ses délégués. Article 3 Les officiers juifs en activité, réserve ou retraite sont automatiquement radiés des cadres militaires. Des affectations dans des services auxiliaires peuvent être envisagées. Article 4 Des règlements complémentaires fixeront les modalités d’application de la présente loi, notamment en matière de contrôle et de sanctions. Article 5 La présente loi entre en vigueur immédiatement et sera publiée au Journal officiel. Fait à Vichy, le 3 octobre 1940 Signé : Philippe Pétain
Procès du Palais Bourbon, mars 1942
En mars 1942, dans un Paris muselé par l’Occupation, un lieu emblématique de la démocratie française fut réquisitionné pour une parodie de justice. Le Palais-Bourbon, autrefois théâtre des débats républicains, devint l’écrin silencieux d’un tribunal militaire allemand. Sept jeunes hommes, à peine sortis de l’adolescence pour certains, y furent jugés. Issus des premiers réseaux de résistance communiste, ils avaient mené des actions de sabotage, de propagande, de refus silencieux mais tenace face à l’autorité nazie. Durant les audiences, ils tinrent tête à leurs juges. Pas de reniement, pas d’atermoiement. Ils affirmèrent leurs convictions, défendirent leur idéal, revendiquèrent leurs actes avec une dignité glaciale. Le verdict fut sans surprise : condamnation à mort. Quelques jours plus tard, ces sept résistants furent fusillés au Mont-Valérien. Leur exécution devint le symbole d’une jeunesse sacrifiée sur l’autel de la liberté. Aujourd’hui encore, le silence du Palais-Bourbon semble parfois vibrer du courage de ces voix qui, au lieu des discours politiques, prononcèrent leurs ultimes mots de résistance.
Accords Oberg - Bousquet, 4 août 1942
Le 4 août 1942, à Paris, une rencontre officielle eut lieu entre le général allemand Carl Oberg, représentant des autorités d’occupation, et le général René Bousquet, secrétaire général de la police française. Ces accords ne furent pas de simples discussions diplomatiques : ils instaurèrent une coopération policière active et coordonnée entre la police allemande et la police française dans toute la zone occupée. Les points essentiels de ces accords stipulaient que : 1. Collaboration permanente et structurée La police française s’engageait à travailler en coordination directe avec les services allemands. Les forces de police françaises mettraient leurs moyens humains, leurs fichiers et leurs ressources logistiques au service des demandes allemandes en matière de répression. 2. Transmission systématique d’informations Les autorités françaises fournirent à leurs homologues allemands les listes, adresses et renseignements concernant les personnes visées par des mesures de police, en particulier celles considérées comme Juifs, résistants ou « indésirables » selon les critères de l’occupant. 3. Exécution conjointe des opérations Les opérations de police, y compris les rafles, arrestations et contrôles, furent planifiées et exécutées conjointement, la police française épaulant les unités allemandes sur le terrain, avec une répartition claire des tâches. 4. Assistance administrative réciproque L’appareil administratif français accepta de faciliter les démarches policières demandées par l’occupant (convois, autorisations, accès aux registres, etc.). En retour, les services allemands communiquaient leurs directives et objectifs à la hiérarchie française. 5. Respect des consignes de sécurité et de confidentialité La coopération se faisait selon des règles strictes de discrétion entre les deux polices, dans le but de neutraliser toute opposition interne ou fuite d’information susceptible de compromettre les opérations.
Port obligatoire de l'étoile jaune,29 mai 1942
Le 29 mai 1942, une ordonnance allemande imposa à tous les Juifs de plus de six ans vivant en zone occupée le port visible d’un signe distinctif : l’étoile jaune. Cette étoile, cousue sur le cœur comme une cicatrice, portait le mot « Juif » inscrit en lettres noires. Il ne s’agissait pas simplement d’un morceau de tissu. C’était une marque de ségrégation. Un marquage. Une manière d’arracher à chacun sa part d’anonymat, sa dignité, son droit de se fondre dans la foule. Cette mesure, présentée comme administrative, était en réalité une humiliation publique et quotidienne. Dans la rue, à l’école, dans les commerces, elle isolait, désignait, exposait. Elle préparait, en silence, les persécutions à venir. Chaque étoile était un signal : « celui-ci n’est pas comme les autres. » Certains enfants refusèrent de la porter. D'autres la recousaient sans cesse. Des passants détournaient les yeux. Quelques rares résistants l’imitaient par solidarité. Mais pour ceux qui la portaient vraiment, chaque jour était un pas de plus vers l’exclusion totale, puis la rafle. L’étoile jaune ne fut pas seulement un symbole. Elle fut une arme psychologique, un outil de contrôle et d’isolement. Une étoile cousue sur les vêtements, qui annonçait l’étoile oubliée au fond d’un wagon.
Convention d'armistice du 22 juin 1940, articles 3, 10, 19
Article 3 — Autorité allemande dans les zones occupées Dans les régions du territoire français désormais occupées par l’armée allemande, le Reich exerce pleine autorité : il applique ses lois, y maintient l’ordre, et organise l’administration militaire. La France s’engage à faciliter concrètement l’application de cette administration en mettant ses propres services et institutions à disposition, et en demandant à toutes les autorités françaises locales d’obéir aux ordres allemands en matière de sécurité et d’administration quotidienne. Les autorités françaises doivent instaurer une collaboration correcte entre leurs services et les commandements allemands, afin que la mise en place de l’occupation se fasse sans obstacle. Article 10 — Neutralisation des forces armées françaises Le gouvernement français s’engage à interdire toute reprise des hostilités contre l’Allemagne par ce qui reste de ses forces armées. Cela signifie notamment que les unités françaises ne peuvent entreprendre aucune action militaire offensive, ni se regrouper pour combattre le Reich ou ses alliés. De même, la convention impose à la France d’empêcher que ses ressortissants participent à des opérations militaires contre l’Allemagne au service d’États en guerre contre elle. Toute action contraire serait interprétée comme insurrection ou guérilla par les autorités allemandes. Cette clause a pour but de rendre totale et effective la cessation des combats, et de garantir que la France ne puisse utiliser ses forces armées restantes, que ce soit sur le territoire métropolitain ou outre‑mer, pour aider des belligérants ennemis. Article 19 — Remise des prisonniers et ressortissants allemands L’article 19 impose à la France la remise immédiate à l’Allemagne de tous les prisonniers de guerre et civils allemands qui se trouvent en sa détention. Cela vaut aussi bien pour les soldats allemands capturés que pour les civils allemands arrêtés ou condamnés pour des actes jugés favorables à l’Allemagne. Par ailleurs, la France doit livrer à l’Allemagne les noms et la localisation de tous les ressortissants allemands demandés, qu’ils se trouvent sur le territoire métropolitain ou dans ses colonies, protectorats ou mandats. Elle s’engage aussi à empêcher que ces personnes ne soient déplacées hors de la France sans l’autorisation des autorités allemandes. Enfin, elle veille à ce que tout transfert, protection ou déplacement des prisonniers allemands soit coordonné avec les forces d’occupation.
Chants du chapitre V
Ce document rassemble les chants évoqués dans le chapitre V de "Et si l’espoir avait un nom", avec leurs paroles originales (si disponibles), leurs traductions françaises, et leur contexte historique.
Chant des Marais (Börgermoorlied)
• Langue : Allemand (original) / Français (traduction chantée)
Texte original
Wohin auch das Auge blicket,
Moor und Heide nur ringsum.
Vogelsang uns nicht erquicket,
Eichen stehen kahl und krumm…
Traduction française
Où que l’on regarde autour,
Bruyère et marais sans détour.
Pas un chant d’oiseau qui vibre,
Que des chênes noirs et fibres…
Contexte dans les camps / interprétation
Chant écrit en 1933 par des prisonniers politiques allemands dans le camp de Börgermoor. Il devient l’hymne non officiel des détenus dans les camps nazis. Sa mélodie fut adaptée en français sous le nom *Chant des Marais* et fredonnée en secret par de nombreux déportés, notamment dans les camps français puis à Auschwitz.
Das Lied der Deutschen
• Langue : Allemand
Texte original
Einigkeit und Recht und Freiheit
Für das deutsche Vaterland!
Danach lasst uns alle streben
Brüderlich mit Herz und Hand…
Traduction française
Unité, justice et liberté
Pour la patrie allemande !
C’est pour cela que nous devons lutter
Fraternellement, cœur et main…
Contexte dans les camps / interprétation
Hymne national allemand de la République de Weimar. Repris en partie par le régime nazi, notamment le premier couplet devenu emblématique, bien que controversé aujourd’hui. Il servait d’ouverture aux cérémonies officielles et parfois aux défilés dans les camps.
Horst-Wessel-Lied
• Langue : Allemand (idéologie nazie)
Texte original
Die Fahne hoch! Die Reihen fest geschlossen!
SA marschiert mit ruhig festem Schritt…
Traduction française
Le drapeau levé ! Les rangs bien fermés !
Les SA défilent d’un pas sûr et décidé…
Contexte dans les camps / interprétation
Hymne officiel du Parti Nazi. Imposé aux prisonniers pour les humiliations collectives. Symbole sonore de la terreur nazie. Son utilisation post-guerre est strictement encadrée en Allemagne.
L’Internationale
• Langue : Français
Texte original
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Traduction française
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Contexte dans les camps / interprétation
Chant révolutionnaire emblématique. Hymne du Parti communiste français. Dans les camps, certains communistes étaient forcés de l’entonner dans un contexte de moquerie ou de punition.
Chant des Partisans
• Langue : Français
Texte original
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme…
Traduction française
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme…
Contexte dans les camps / interprétation
Hymne de la Résistance française. Écrit par Joseph Kessel et Maurice Druon en 1943, sur une musique d’Anna Marly (1941). Chant de survie et de combat, il a été entonné dans les camps comme acte ultime d’humanité et de défi.